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02/11/2011

Yves NAT, un grand pianiste biterrois, le plus attachant des pianistes de sa génération

Dans les grands noms de la musique classique ou de chant lyrique de notre région, OCBMusiqué béziers a rendu hommage à : Lucile Panis, Camille Saint-Saëns, aujourd’hui c’est à Yves NAT, le plus attachant des pianistes de sa génération.

OcbMusiqué, hommage à YVES NATUn peu oublié de nos jours, ce géant aux doigts ailés, pudique, réservé et même secret et pourtant… Vénéré par Marcel Proust qui l’encensa en ces termes « .. son jeu est celui d’un si grand pianiste que l’on ne sait plus s’il est vraiment pianiste ; car cela devient si transparent, si plein de ce qu’il interprète, qu’il disparaît pour devenir une fenêtre ouverte sur le chef d’œuvre ».

Sa place dans l’histoire de l’interprétation est immense ; cet être fascinant fut, comme Arthur Rimbaud, son ami, un passant « considérable ». 

Premier concert à Béziers, il a 8 ans 

« Tout pour la musique, rien pour le piano, s'oublier entièrement », professe cet intransigeant, disparu il y a un demi-siècle, à 66 ans », telle était la devise de ce musicien, né à Béziers le 29 décembre 1890 (1956) . Issu d’une famille modeste, son père mélomane, n'hésite pas à lui donner une éducation musicale de qualité. Yves Nat se révéla être un enfant prodige, à l'instar de Mozart, Liszt ou Saint-Saëns : à sept ans, il connaissait déjà par coeur les 48 préludes et fugues du Clavier Bien Tempéré de J.S. OcbMusiqué, hommage à YVES NATBach ! (ceux qui ont étudié le piano comprendront aisément le tour de force que cela peut représenter). En concert à Béziers, il n’a pas dix ans, et interprète sa toute première composition : une Fantaisie pour Orchestre, présents dans le public, Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré, alors directeur du Conservatoire de Paris, remarquèrent le pianiste et surtout le compositeur à la précocité exceptionnelle. Direction Paris et son Conservatoire, où il obtient en 1907 un premier prix de piano dans la classe de Louis Diémer, virtuose au renom international, qui forma entre autres illustres pianistes Alfred Cortot, Robert Casadesus, Lazare Lévy, Edouard Risler, etc.


Virtuose au piano et poète à la plume élégante

Sa carrière de pianiste commence en 1908 sous les meilleurs auspices, lorsque Claude Debussy l'invite à l'accompagner en tournée en Grande-Bretagne. Le succès ne se démentit plus jusqu'en 1934, l'année où Yves Nat mit fin à sa brillante et nomade carrière de concertiste. Il fit maintes fois le tour du monde allant de Londres à New York en passant par le Canada, l'Argentine, l'Egypte ou le Maroc. Cette force de la nature, au jeu puissant, enflammé tout en étant moderne par son respect scrupuleux du texte (à l'opposé des libertés romantiques à la mode d'un Alfred Cortot), souffrait depuis de nombreuses années de la solitude de cette vie passée par monts et par vaux, souvent loin de ses proches et d'un trac grandissant, à la hauteur de son exigence d'absolue perfection artistique. Ses Notes & carnets témoignent de la mélancolie de cet artiste qui ne voit que trop rarement ses proches, en particulier ses enfants. Mais on y découvre avant tout un poète à la plume élégante, profondément humaine et tendre, ainsi qu'un théoricien engagé dans l'approche raisonnée et rigoureuse du clavier et de la musique.

Tendresse et élégance caractérisent aussi son jeu : interprète réputé de Debussy et de Fauré, comme des grands compositeurs romantiques Chopin et Liszt, son goût le porte très tôt vers Beethoven, Schubert, Brahms et surtout vers Schumann. Dans l'entre-deux-guerres, interpréter en France les oeuvres de ces trois compositeurs allemands s'avère particulièrement osé ! Mais il permit à de nombreux mélomanes français de (re)découvrir ce répertoire allemand. Même en Allemagne, son nom était reconnu par ses plus éminents confrères, à l'instar d'Arthur Schnabel et de Wilhelm Kempff. Il était l'exact pendant de Walter Gieseking, pianiste allemand dont les interprétations de Debussy sont légendaires.

OcbMusiqué, hommage à YVES NATSa vie prend un tournant décisif quand le Conservatoire de Paris lui offre un poste de professeur. Enfin il peut goûter au bonheur d'une vie sédentaire partagée avec son ancienne élève Elise, sa seconde femme. Le livre de Mona Reverchon, construit autour de conversations avec Claire Aubert, ancienne élève d'Yves Nat, éclaire cette période relativement heureuse de sa vie. Il fut un pédagogue novateur, un exemple pour toute une génération de musiciens, qui louèrent sa rigueur et son inventivité.

Accaparé par son métier d'enseignant, il n'eut malheureusement pas le loisirs de se consacrer à plein temps à sa véritable et profonde nature de compositeur.  En outre, son haut degré d'exigence vis à vis de l'Art le conduit à écrire des mélodies, des pièces pour piano, dont Pour un petit Moujik (1915).  Il revient à la scène lors d'un concert devenu légendaire, au profit des Enfants Bleus, le 31 août 1953. On y retrouve ses deux compositeurs préférés, en particulier Schumann qu'il enflamme et distille au plus profond de nos coeurs, pour notre plus grand bonheur. La puissance de son jeu, son lyrisme, sa probité le prédestinent à relever les défis beethovéniens. Son  oeuvre  majeure  fut un immense poème symphonique intitulé l'Enfer, créé en 1940, qui n'a pas été enregistré. Reste un fort intéressant Concerto pour piano et orchestre, créé en 1954, projet qui a mis dix ans à se concrétiser, mais n'est peut-être pas pour rien dans la guérison quasi miraculeuse de son cancer.

OcbMusiqué, hommage à YVES NATAu début des années 50 un éditeur courageux, Les Discophiles français, remasterisés avec soin, ces enregistrements fervents n'ont rien perdu de leur mâle éloquence.

Plus de cinquante ans après sa mort en 1956, son Art indéniable reste insurpassé. « IL faut conserver sa douleur comme un diamant. Il n’y a qu’une tristesse, c’est de la perdre », disait-il.

Reconnaissance à un grand musicien de la région, le nom Yves NAT a été donné à l’Auditorium du palais des Congrès de Béziers, et Valras plage lui a donné un nom de rue. 

Johanna Van Meel-Sauzet

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